Page:NRF 1909 1.djvu/11

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

meurs en faveur de la liberté. Le mot favorisa toutes les confusions. Il fut la devise de ceux que gênaient d'absurdes restrictions légales, comme de ceux qui se sentaient à l'étroit dans les vieilles disciplines esthétiques ; et ces légitimes protestations contre des contraintes surannées se mêlèrent aux révoltes des improvisateurs et des esprits brouillons contre toute contrainte, quelle qu'elle soit.

Récemment encore, la querelle du vers libre prouva toute la gravité du malentendu. Les adversaires des nouvelles formes poétiques ne virent pas que la destruction des anciennes règles pouvait être rachetée par un renouveau d'exigences harmoniques, rythmiques ou de composition. Et les novateurs eux-mêmes ne se rendirent pas toujours compte que ce n'est point pour libérer les poètes qu'il importait de briser la gène de l'alexandrin, mais bien pour les asservir davantage, une certaine habileté, toute de recettes, se répandant de plus en plus et permettant au premier venu de vaincre trop facilement les obstacles prosodiques. Que les barrières soient conventionnelles, qu'importe ? pourvu qu'enfermant l'artiste, elles l'empêchent d'aller ramasser ça et là un facile butin, et que le forçant à chercher sur place et à s'aventurer en profondeur, elles le contraignent à atteindre de précieux filons. Seulement les veines les plus riches s'épuisent. Il faut en découvrir ailleurs de nouvelles.