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Eau froide par l'ennui dans ton cadre gelée...
J'ai de mon rêve épars connu la nudité...
La solitude bleue et stérile a frémi...


N'en doutons point : ce sont là des aveux.

Sans doute il est fâcheux que ces vers compromettants soient de telle tenue, de telle beauté, de telle noblesse, de tel poids, d'un accent jusqu'alors si neuf, que le cerveau dans lequel ils ont enfoncé leur éblouissement glacé s'en souvienne malgré lui désormais, et que leur insolite sonorité se prolonge à travers le bruit abondant de maints autres poëtes, fussent-ils chantres de la Joie, de la Vie, de la Fécondité... Mais qu'importe à M. Bernard Bocquet ? —


Je ne me poserai point en défenseur d'une cause que je ne peux faire mienne car je tiens Mallarmé pour un maître assez dangereux (encore que je ne le croie coupable de paralyser que des esprits sans vigueur) dont l'œuvre est à considérer non comme un point de départ, mais comme un aboutissement, un point extrême, un parachèvement....

Je me pose en lecteur bien neuf qui pense raisonnablement qu'une théorie, pour intéressante et importante qu'elle soit, n'a jamais servi non plus à faire l'œuvre d'art qu'à la nier ou la détruire, et que les vers ne doivent pas espérer d'autre défense que leur propre beauté. Ce lecteur, souriant aux “prétendus aveux” du poëte et se souvenant que Virgile de même écrivait :

Heu ! heu ! quam pingui macer est mihi taurus in ervo, s'étonnera qu'un poëte aussi médiocre qu'ils le prétendent puisse avoir occupé si longtemps des esprits aussi remarquables et aussi différents que ceux d'un Paul Valéry, d'un Signoret, d'un Gourmont, d'un Charles-Louis Philippe, d'un Claudel (que sert d'en citer d'autres ?) et, passionnant l'opinion comme il faisait il y a quinze ans, qu'il soulève encore aujourd'hui une discussion aussi vive.


Que M. Bernard, écrit M. Bocquet, s'attende à être bientôt puni de sa franchise. — Si d'avance il est convenu que la