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Tout cela peut être d'une réussite plus ou moins parfaite ; c'est en tout cas d'un objectivisme de bon aloi. On ne saurait goûter autant la philosophie qui enveloppe ces Pastorales d'une atmosphère aux effets trop faciles. Mme Dauguet est panthéiste. C'est un penchant naturel aux femmes d'aujourd'hui ; elles y sont portées par un besoin d'abandon de soi et d'abdication de la volonté, à quoi la religion ne suffit plus. Mais c'est précisément un leurre trop commode ; la nature se prête avec trop peu de résistance à toutes les complaisances que lui demande l'imagination ; cela manque d'obstacles qui contraignent l'invention et la fassent rebondir. Le panthéisme n'est intéressant que s'il représente la victoire d'une forte personnalité sur elle-même.

Je suis l'aire sonore aux rythmes des fléaux...
Je suis l'âme vibrante et forte de la terre...

Si encore ce n'était là que façon de parler ; mais non, c'est tout un échafaudage philosophique, toute une armature de médiocre qualité qui risque d'entraîner à terre et d'écraser de son poids les fragiles feuillages qu'elle devrait soutenir. Toujours la question de l'ormeau. On croyait l'avoir éludée : c'était pour la retrouver en tournant la page.

J. S.

CONTRE MALLARMÉ.

Un mort assez difficile à tuer, décidément. M. Léon Bocquet félicitait récemment M. Jean-Marc Bernard de s'y prendre de la bonne manière : c'est dans l'œuvre même du poëte que ce dernier cherche et prétend trouver des armes contre cette œuvre : Mallarmé ne prit-il pas le soin paradoxal, dans à peu près chacun de ses poëmes, de nous avertir de l'impuissance de sa plume et du néant de son effort ? Que peut valoir une esthétique dont le premier souci est de se déclarer vaincue ? — Suivent, dans l'article susdit, des citations bien choisies :