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CHRONIQUE DRAMATIQUE

Théâtre du Vieux-Colombier : Le Misanthrope, de Molière.

Théâtre Edouard VII : M. Lucien Guitry dans Le Misanthrope.

Nous reparlerons de Molière.

N’est-ce pas merveilleux qu’une œuvre littéraire, après deux cent cinquante ans, garde ainsi tant de fraîcheur, tant de naturel, tant de vérité, tant de portée sur notre esprit ? Pas un mot devenu fade, pas une tournure qui ait vieilli, pas un trait démodé qui fasse sourire. Qu’est-ce qui assure ainsi la durée à une œuvre ? Il en est de même pour Villon, pour certaines parties de Ronsard, pour Corneille, pour Racine, pour Regnard et Marivaux, pour Tallemant, Voltaire et Diderot, Beaumar- chais. Rousseau nous gêne par son emphase et son affectation de sensibilité. Chateaubriand nous semble déclamatoire et théâtral. Victor Hugo nous fait rire et nous apparaît puéril par ses sujets et par son vocabulaire. Flaubert nous lasse par sa phraséologie apprêtée, tendue et monotone. Chez les autres, autrement loin de nous, rien n’a vieilli et n’a perdu contact avec notre esprit. Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre du passé garde ainsi tant de force et de fraîcheur et nous semble écrite d’hier? Est-ce l’expression de sentiments vraiment humains, la peinture de traits généraux à toute l’humanité, l’absence de toute mode dans le style, en un mot le naturel et le vrai dans le fond comme dans la forme? J’ai toujours été profondément intéressé par ces questions. Je m’émerveille, quand je lis de si vieilles choses, de les trouver encore si jeunes, et je cherche le secret de cette jeunesse. Les noms que je viens de citer sont des grands noms. 11 y en a d’autres de moindre éclat, il y a d’autres œuvres moins