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270 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

avec Bell vaticinant au milieu de ces éphèbes, a sa place toute marquée dans les anthologies.

Philippe s'est marié, est devenu un brillant écrivain, admis de droit dans les milieux les plus choisis. Le voici chez les Goncourt, chez la princesse Mathilde, dans un fameux salon tenu par une ex-biche du second Empire, qui voyage dans la galerie de M. Hermant sous le nom de Mme de Chézery. L'histoire puisera comme chez un Saint-Simon dans ces pages où de grandes vedettes de ce dernier demi-siècle — un Jean Lorrain, un Montesquiou, un Jules Lemaître — sont évoquées en si haut relief [1]. Mais elle y puisera comme chez un Saint-Simon philosophe, qui saurait saisir le sens historique des spectacles dont il est témoin. N'est-ce pas un moment de l'histoire, du moins de l'histoire des mœurs, que l'auteur discerne quand il nous montre en Mme de Chézery une épave du demi-monde de 1865 pouvant enseigner le bon ton aux grandes dames de 1910 ? N'est-ce pas tout popolare de la famille Bonaparte, tout le secret de sa poésie et de sa séduction qu'il projette dans cette scène où la princesse Mathilde, jugeant insuffisante la gratification qu'elle a fait remettre à des Napolitains qui viennent de jouer chez elle et voulant y joindre un remerciement, s'avance toute seule au pied de leur estrade, et, après leur avoir adressé deux ou trois phrases en italien, fait plusieurs courtes révérences, elle, la nièce du grand empereur, devant ces pauvres musiciens, avant de s'en retourner, du même pas lent et majestueux, vers ses hôtes ? Les Monmerqué de l'avenir aimeront de trouver dans Zosia Wieliczka un portrait de Marie Bashkirtseff, en même temps que l'histoire plus générale y apprendra des traits de l'intel-

  1. I. Et parfois en deux mots (quelle leçon pour nos asiates !) ; par exemple, la reine Hortense « pâle figure de marbre, d'une grâce souveraine et inconséquente » ; la princesse Mathilde « vieille et vivante, brusque et superbe... : elle avait tout d'une médaille, sauf le fruste... ; majestueuse sans y penser, elle était, dans un fauteuil commode et sans style, assise comme dans un trône. »