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340 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sur le cinéma dans leurs rapports avec la poésie (rappelons en passant à l'auteur que l'admirable mot « movies » est de l'argot américain et non anglais).

M. Epstein termine en expliquant la poésie moderne par l'état de fatigue. Ne l'expliquait-il pas plus haut par la recherche du nouveau qui est bien, quoi qu'il en dise, le contraire de l'état de fatigue ? Et si des poètes fatigués s'adressent à « une aristocratie névropathique » comment obtiendront- ils d'elle l'effort nécessaire pour être compris ? Sans vouloir offenser personne, on pense parfois en tournant ces pages qu'elles ont été écrites par un Max Nordau sympathique à la dégéné- rescence. Nous arrivons ainsi à la fin du livre de M. Epstein sans avoir trouvé le traité de la poésie des dix dernières années qu'un public français et étranger continuera d'attendre.

PAUL MORAND

AU SUJET DE MAURICE BARRÉS.

Pourquoi tout à coup M. Maurice Barrés ? Pour rien. Cepen- dant, à quelques semaines de distance, une Fie de Maurice Barrés, d'Albert Thibaudet, un Billet à Angèle, une Mise en accu- sation de Maurice Barres des Dadas, et deux Visites à Maurice Barres, par quoi s'ouvre un charmant album de souvenirs de Jean Cocteau. Certes ce dernier opuscule date de 1917 et c'est par pur hasard que les Dadas ont choisi Barrés parmi d'autres pour le juger. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'on vient d'évoquer encore le procès que les générations qui ont aujour- d'hui moins de trente cinq ans n'ont cessé de faire à l'auteur des Déracinés. Pour notre part, nous ne trouvons dans tout ceci aucun fait nouveau et nous estimons qu'il n'y a pas lieu à révision.

Dans les discours faits à la Salle des Sociétés Savantes, nous relevons d'anciens reproches : théories confuses basées sur des postulats, duperie de l'action comme remède au nihi- lisme, critique de l'analyse considérée comme une fin, enthou- siasmes frigides. La seule et grave accusation qu'il y ait lieu de retenir contre Maurice Barrés c'est « d'avoir renoncé à ce qu'il y avait d'unique en lui ». Dans l'acte d'accusation, un orateur prit texte de la seconde partie de l'œuvre et de la vie de Barrés pour nier la première. Nous ne le suivrons pas dans

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