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MONSIEUR SLUDGE, LE MEDIUM 45 3

un sabre, de dessiner un cinq en patinant, de blouser la rouge au billard, de se couper les ongles en nageant, de couvrir à la rame un mille en cinq minutes, de se hausser de trois pieds en l'air à l'aide du bras gauche, de faire de tète des additions de cinquante chiffres, etc.. .caries exem- ples abondent ? La veine aidant, Sludge voit les faits spi- rites que ses compagnons s'efforcent en vain de voir, peut rivaliser avec ces gens-là et prendre sa part des avantages ! Mais sa part, aussi, des inconvénients ! Réflcchissez-y tout seul : moi, le courage me manque. Monsieur, et le feu est en cendres. Toute médaille a son revers, chacun sait ça. Oh ! Monsieur, nous sommes égaux, vous et moi ! Le gaillard aux longues jambes, si ses longues jambes gagnent la course, a le bras court et peu de cervelle : pensez-vous que j'échappe au sort commun ? Je suis né avec une chair si sensible, une âme si éveillée que, l'entraînement aidant l'une et l'autre, je devine ce qui se passe derrière le voile, tout comme la grue captive sent la saison des amours dans les îles où vit sa race, et, par quelque nuit de lune, se livre à des danses solitaires, comme si votre cour intérieure était un plant d'épices ; c'est de la même façon que je sais ce qui se passe dans le monde des esprits. Tandis que vous, aveu- gle comme une taupe à ce point de vue, vous pouvez, en compensation, Monsieur, serrer le poing et m'envoyer rouler par terre : vous pouvez monter ce sacré cheval que vous avez, si chaud avec une bouche si dure ; rire quand il fait des éclairs ; jouer avec le grand chien ; dire tout ce que vous pensez, même si quelque ami doit en prendre ombrage, ne jamais vous vanter, ne jamais fanfaronner, ne jamais rougir... En un mot, vous avez du courage et moi je suis un lâche... Voilà ! — Je lésais, je n'y peux rien... Sottise ou non, devant le danger, je suis paralysé, ma main n'est plus une main^ ma tête n'est plus une tête. Vous pouvez sourire et passer votre pipe dans l'autre coin de votre bouche : vos dons ne sont pas les miens. Voudriez-vous d'un échange ? Non, mais vous ajouteriez volontiers les miens aux vôtres : par-

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