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NOTES 945

le mot ; vous aussi. Intuition, au surplus, <» spécialement <c hardie et étrangement devineresse du génie poétique qui H saillit du sub-conscient ».

Surtout il se gardera de tout didactisme, et pour cause. Car M. René Ghil prend soin de marquer que sa conception n'a rien à voir avec la poésie didactique. En est-il bien sûr ? Ce qui distingue un poète didactique d'un poète scientifique est que le premier expose avec précision ce qu'il sait et que le second parle vaguement de ce dont il a non moins vague- ment entendu parler.

Au surplus, pourquoi ce dédain du didactique ? Les Géorgiqms, un des chefs-d'œuvre accomplis de la poésie de tous les temps, sont aussi le parfait modèle du poème didactique. Un des sommets de notre art classique, n'en déplaise à tous les croque-Boileau passés, présents et futurs, est ce quatrième chant de VArt Poétique que la Fontaine et Racine, bons juges, admiraient par-dessus tout. Enfin l'œuvre capitale de Victor Hugo ne présente-t-elle pas un caractère didactique ? Qu'est la Légende des Sikhs, sinon un essai d'histoire universelle synthétique illustrant une philosophie manichéiste de l'histoire, fondéesur l'antithèse Prétre-Tyran- Obscurité et Justice-Peuple-Clarté.

D'ailleurs, il convient de le reconnaître, M. René Ghil rend justice à ses prédécesseurs. Il n'est pas de ceux qui font fi de ce qu'ils ignorent. C'est ainsi qu'au cours de son étude, il expose fort bien les mérites de poètes comme du Bartas, Delille et Sully-Prudhomme. Le grief qu'il leur fait à tous indistinctement est de n'avoir pas l'esprit de synthèse. C'est aussi le reproche que je ferai à M. René Ghil lui-même. Son art procède par énumération, par incidentes enchevêtrées, ou par redondances verbales comme dans le célèbre et très harmonieux Panlouvi des Panioums. 11 est aussi peu synthé- tique que possible, à moins d'admettre que synthèse est un synonyme poético-scientifique de confusion et d'obscurité.

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