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944 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et à sa mesure, ou plutôt, comme il dit modestement» adéquat à la vie et à l'esprit modernes.

Ces tentatives périodiquement renouvelées ont pour traits communs la répudiation de totit art limité dans son dessein et dans sa technique, le mépris des formes arrêtées et des sujets bien définis, et, parallèlement, le goût des enchaîne- ments interminables de pensée, de rythmes et surtout d'images, la passion du sublime continu, et l'ambition d'être un homme-orchestre cosmique. Mais écoutons plutôt M. René Ghil ' : « Ainsi, le grand « leit-motiv » de la Poésie scienti- « fique, étant le rapport de l'Humain ai^ Cosmos, elle com- « prend donc, et en volonté résultante, le concept philoso- « phique et métaphysique... Elle a nécessité pour son Œuvre, « de la cosmologie et de la paléontologie et leurs dépen- « dances, de l'ethnologie et de l'histoire des cultes, etc.. « Elle développe en même temps une méditation sur l'Ethique, « et ose sa logique vaticination sur les destins des peuples, « et suppute l'équilibre des soleils... etc. »

Ce que l'on suppute avec effroi c'est surtout la somme de connaissances et le nombre de diplômes universitaires indis- pensables au Poète scientifique. Fort heureusement pour ce dernier, on nous laisse entendre qu'il ne sera pas tenu de posséder à fond toutes les sciences. 11 lui suffira d'avoir une teinture générale, ou si l'on veut ces clartés de tout que Clitandre-Molière accordait aux honnêtes femmes. En un mot le poète selon M. René Ghil n'a pas besoin d'être savant, il lui suffit d'être scientifique, c'est-à-dire d'aimer la Science ostensiblement et d'y croire. On ne lui demande qu'un acte de foi et d'amour.

Voilà donc le Poète muni d'un « acquis en tout domaine R du savoir, aux lacunes, aux doutes et aux apparences isolées « duquel supplée son intuition. » Ah! l'intuition... j'attendais

I. Tradition de poésie scientifique, p. 21.

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