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NOTES ^^^

peu de ces pages palpitantes qui avaient une saveur mysti- quement charnelle et c'est tout à la fin du livre qu'il faut aller les découvrir : «r Enfin elle le saisit au bras, cria faible- ment, et sombra dans cet abime d'où l'amour remonte pâle, taciturne et plein du regret de la mort... » (p. 221).

Miisou ou Comment ra7nour vient aux filles indiquait déjà la direction nouvelle choisie par Colette. La guerre semble avoir clos pour elle la phase des Confessions (autobiogra- phiques ou non, peu importe) qui vont des Claudine à l'En- trave et qu'on imagine volontiers recueillies en un seul gros in-octavo, imprimées fin sur deux colonnes, pour faire le pendant féminin à celles de Jean-Jacques.

Le récit qui ne craignait naguère ni redites, ni hors- d'oeuvre, et semblait n'obéir qu'à une libre fantaisie de poète, apparaît dans Chéri discipliné, resserré, dompté. Si son génie éclate moins, le talent de Colette s'épanouit dans sa plus riche perfection. Tout dans ce livre pourrait se donner en modèle : la composition, et notamment l'exposition du sujet dans les vingt premières pages, l'étude des caractères, la vérité des dialogues, la qualité du style.

Colette a pris pleine conscience de son art spontané, et domine ses dons au lieu de s'abandonner. Elle travaille désormais à la façon des classiques, sans plus rien demander au subconscient, et n'écrit plus un mot qu'elle ne l'ait prémé- dité. Ce n'est plus une matière en fusion, mais durcie, polie qu'elle otîre à son lecteur.

Chéri a paru en tranches hebdomadaires dans la P^ie Pari- sienne. Ce mode de publication, en exigeant que chaque chapitre forme un tout, contraint l'auteur à une discipline stricte dans la composition et la conduite de son ouvrage. Cette influence classique de la Vie Parisienne sur ses collabo- rateurs n'avait pas, croyons-nous, encore été notée. Il convient sans doute de ne pas l'exagérer.

Saluons ce renouvellement de Colette qui nous promet

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