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896 LA NOU\"ELLE REVUE FRANÇAISE

mencera à s'agiter ; on écrira des souvenirs et on mentira.

M'ais pour en revenir à Shestov : « Shestov prétend, dit Tolstoï, qu'il est impossible de vivre face à face avec « dhor- ribles spectres ». Mais comment peut-il savoir, lui, si c'est horrible ou non ? S'il le savait, s'il avait vu des spectres, il n'écrirait pas ces insanités, mais il ferait quelque chose de sérieux, ce que Bouddha a fait toute sa vie. »

Quelqu'un fit la remarque que Shestov était Juif.

— A peine, dit Léon Nicolaïevitch, d'un air sceptique.

— Non, il n'a rien du Juif, il n'y a pas de Juif sans foi, je vous défie de m'en nommer un... Non.

On eût dit parfois^ que ce vieux magicien jouait avec la mort!, qu'il' était en coquetterie avec elle, qu'il essayait en quelque sorte de la tromper en disant : « Je n'ai pas peur de toi, je t'aime, je te' désire. »

Et en même temps fixant la mort de ses petits yeux per- çants : « Qu'y a-t-il après toi ? Me détruiras-tu tout à fait, ou quelque cho-se en moi continuera-t-il à v-ivre- ? »

Une impression étrange émanait de lui lorsqu'il disait r « Je suis: heureux, je suis terriblement heureux, je suis trop heureux. » Et puis immédiatement après : « Souffrir. «Souf- frir ! cela aussi était vrai en lui. Je ne doute pas une seconde, qu'à moitié convalescent encore, il' n'eût été vraiment heu- reux d'être mis en prison, banni — en un mot d'embrasserla couronne du martyre. Le martyre ne pourrait-ii pas justifier en quelque mesure la morty la rendre plus compréhensible, pkrs acceptable comme fait extérieur et formel ? Mais i^ n*"* jamais été heureux, jamais et nulle part. Dfe cela, je suis cer- tain: ni plongé « dans les livres de la sagesse », ni « à che- val », ni « entre les bras d'une femme », il ne pouvait éprou- ver dans leur plénitude les « délices- du para<]is terrestre ». Il est trop rationnellement organisé pour cela, et il connaît trop bien la vie et les hommes. Voici encore quelques-unes de ses paroles :

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