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892 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

reflète, avec magnificence, le vieux scepticisme du village russe, scepticisme issu de l'ignorance. Tout est national en lui, et sa prédication tout entière est un sursaut du passé, un atavisme que nous avions déjà commencé à dépouiller, et à dépasser.

Rappelez-vous la lettre : « Les Intellectuels, l'Etat et le Peuple », écrite en 1905, si inopportune, si malfaisante même, et dans laquelle on entend résonner le : « Je vous l'avais bien dit » du sectaire. J'écrivis à cette époque une réponse, sous forme d'une lettre, qui lui était adressée, et où je prenais texte de certaines paroles qu'il m'avait dites, à savoir que depuis longtemps il avait perdu le droit de parler du peuple russe en son nom, car je puis témoigner du peu de désir qu'il avait à écouter et à comprendre ceux qui venaient à lui dans l'espoir de s'entretenir d'âme à âme. Mais ma lettre était amère, et finalement je ne la lui envoyai pas.

Aujourd'hui, il fait sans doute une dernière tentative pour donner à ses idées le plus de retentissement possible. Comme Vassily Buslayev, il a toujours aimé ce genre de démonstration, mais toujours aussi, de façon à ce que sa sainteté en fût rehaussée et à ce qu'il lui en restât une auréole. Ce sont là des procédés de dictateur, encore que sa doc- trine ait derrière elle la vieille histoire russe, sans parler de ses propres souffrances d'homme de génie. La sainteté est atteinte par une sorte de flirt avec le péché, en refoulant le vouloir vivre. Les gens veulent vivre, mais il essaye de les convaincre que tout cela est absurde, absurde notre vie sur terre. Rien n'est plus facile que de convaincre un Russe de cela ; c'est un être paresseux, qui aime par dessus tout trouver une excuse à son inactivité. Dans l'ensemble, évi- demment, un Russe n'est ni un Platon Karatayev, ni un Akim, ni un Bczionsky, ni un Nekh-udov ; tous ces hommes sont des créations de l'iiistoire et de la nature, quoiqu'elles

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