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860 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

vain, lui-même romancier des plus originaux et des moins accessibles, vitupère contre « les explosions de talents sin- guliers » qui « jettent des lueurs dont nous ne pouvons pas attendre la lumière sous le rayonnement de laquelle une collectivité organise sa vie. »

Parlant des écrivains français contemporains, il leur reproche de pratiquer « un individualisme dissolvant et négatif » qu'il baptise du nom de « Vercingéiorisme ». Or Vercingétorix passe communément pour avoir réagi contre le particularisme jaloux des chefs gaulois, pour avoir réalisé ce que M. Jaudon appelle une « organisation synergique ». On le croit du moins sur la foi de Jules César, assez bien placé pour en juger. Mais poursuivons : M. Jaudon veut bien adnlettre que l'on pourrait fonder certaines espérances « sur la plasticité de l'intelligence française, si ses agents pro- fessionnels ou bénévoles voulaient se plier <i certaines contraintes qui ne portent atteinte qu\à l'égocentrisme. »

Devront-ils aller jusqu'à se contraindre à n'avoir pas plus de talent qu'aucun de leurs confrères ?

M. Jaudon ne le prétend pas, mais de conclure : « L'épo- que est propice à un renversement de valeurs individuelles et à l'éclosion d'un art littéraire renouvelé... » et il sou- haite de voir la section littéraire du Salon d'Automne former le noyau « d'une sorte de complot contre toutes les forces de routine et contre tous les individus incurables qui en- combrent le marché du livre... »

Incurable est bien le mot, car l'individualisme est un mal qui résiste heureusement à tous les traitements et à tous les remèdes ; mais aussi ne le gagne pas qui veut.

Il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'es-prits, à l'heure actuelle, sont, on l'a dit ici-même, dégoûtés de la liberté, parce qu'ils ne savent qu'en faire. La liberté ne se trouve qu'en s'oi-même, dit le sage. C'est un lieu où les artistes, les peintres en particulier ne fréquentent guère. Ils

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