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820 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

m'étonne aujourd'hui qu'on consentît à me les vendre ; mais sans doute le commis qui me servait me prenait-il pour un simple commissionnaire. Il arriva nécessaire- ment qu'un beau matin le récipient dans lequel je fabriquais de l'hydrogène m'éclata au nez. C'était, il m'en souvient, l'expérience dite de « l'harmonica chi- mique » qui se fait avec le concours d'un verre de lampe... La production de l'hydrogène était parfaite; j'avais assujetti le tube effilé par où le gaz devait sortir, que je m'apprêtais à enflammer ; d'une main je tenais l'allumette et de l'autre le verre de lampe dans le corps duquel la flamme avait mission de se mettre à chanter ; mais je n'eus pas plus tôt approché l'allumette, que la flamme, envahissant l'intérieur de l'appareil, projeta au diable verre^ tubes et bouchons. Au bruit de l'explosion les cochons de Barbarie avaient fait en hauteur un bond absolument extraordinaire et le verre de lampe m'était échappé des mains. Je compris en tremblant que, pour peu que le récipient eût été plus solidement bouché, le verre même m'eût éclaté au visage, et ceci me rendit plus réservé dans mes rapports avec les gaz. A partir de ce jour, je lus ma chimie d'un autre œil. Comme Dieu départ les justes et les injustes, je désignai d'un crayon rouge les corps tranquilles, ceux avec lesquels il y avait plaisir à commercer, d'un crayon bleu tous ceux qui se comportent d'une façon douteuse ou terrible.

Il m'est arrivé ces temps derniers d'ouvrir un livre de chimie de mes jeunes nièces. Je n'y reconnais plus rien ; tout est changé : formules, lois, classification des corps, et leurs noms, et leur place dans le livre, et jusqu'à leurs propriétés... Moi qui les avais cru si fidèles! Mes nièces

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