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8l6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ne roulant point carrosse nous-mêmes, la porte cochère était chose dont on eût pu peut-être se passer. Mais l'en- fant que j'étais n'avait pas voix au chapitre ; et du reste que pouvait-on trouver à répliquer, après que ma tante avait déclaré :

— Ce n'est pas une question de commodité, mais de décence.

Puis, voyant que ma mère se taisait, elle reprenait plus doucement, mais d'une manière plus pressante.

— Tu te le dois ; tu le dois à ton fils.

Puis, très vite et comme par-dessus le marché :

— D'ailleurs, c'est bien simple, si tu n'as pas de porte cochère, je peux te nommer déjà ceux qui renonceront à te voir.

Et elle énumérait aussitôt de quoi faire frémir ma mère. Mais celle-ci regardait sa sœur, souriait d'un air un peu triste et disait presque tendrement :

— Et toi, Claire, tu cesserais aussi de venir ?

Sur quoi ma tante reprenait sa broderie en pinçant les lèvres.

Ces conversations n'avaient lieu que quand Albert n'était pas là. Albert certainement manquait d'usages. Ma mère l'écoutait pourtant volontiers, se souvenant d'avoir été d'esprit frondeur ; mais ma tante préférait qu'il ne donnât pas son avis.

Bref, le nouvel appartement choisi se trouva être sen- siblement plus grand, plus beau, plus agréable et plus luxueux que l'ancien. J'en réserve la. description.

Avant de quitter celui de la rue de Tournon, je regarde une dernière fois tout le passé qui s'y rattache et relis ce que j'en ai écrit. Il m'apparaît que j'ai obscurci à

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