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8 14 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ment ressortir de mille trous, de mille anfractuosités du roc, tout ce que mon approche avait fait fuir. Tout se mettait à respirer, à palpiter, le roc même semblait prendre vie et ce qu'on avait cru inerte commençait crain- tivement à se mouvoir ; des êtres translucides, bizarres, aux allures fantasques surgissaient d'entre, le lacis des algues; l'eau se peuplait; le sable clair qui tapissait le fond, par places, s'agitait, et tout au bout de tubes ter- nes, qu'on eût pris pour de vieilles tiges de jonc, on voyait une frêle corolle, peureuse encore un peu, par petits soubresauts s'épanouir.

Tandis que Marie lisait ou tricotait non loin, je res- tais ainsi durant des heures, sans souci du soleil, con- templant inlassablement le lent travail rotatoire d'un oursin pour se creuser une alvéole, les changements de couleur d'une pieuvre, les tâtonnements ambulatoires d'une actinie, et des chasses, des poursuites, des embus- cades, un tas de drames mystérieux qui me disaient battre le cœur. Je me relevais d'ordinaire avec un mal de tête fou. Comment eût-il été question de travail ?

Durant tout cet hiver, je n'ai pas souvenir d'avoir ouvert un livre, écrit une lettre, appris une leçon. Mon esprit restait en vacances aussi complètement que mon corps. Il mie paraît aujourd'hui que ma mère aurait pu profiter de ce temps pour me fiiire apprendre l'anglais par exemple ; mais c'était là une langue que mes parents se réservaient pour dire devant moi ce que je ne devais pas comprendre ; de plus j'étais si maladroit à me servir du peu d'allemand que Marie m'avait appris, que l'on jugeait prudent de ne pas m'embarrasser davantage. Il y avait bien dans le salon un piano, fort médiocre mais

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