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NOTES 79 5

venue un fait. Ceci précisément prouve que notre vitalité est fort réduite, que les vraies sources de notre producti- vité sont taries, et que nos virtualités intérieures sont à la veille de s'épuiser. C'est l'agonie de l'âme qui a commencé, le grand signe avant-coureur de la mort lente d'une civili- sation.

Mais qu'allons-nous faire avant de mourir, comment remplir les derniers moments qui nous restent à vivre ? En gens raisonnables et sensés que nous sommes devenus, nous saurons nous résigner à ne plus faire que les choses qui sont de notre âge. Nous ne ferons plus les jeunes en histoire, ne pouvant ignorer que nous sommes prêts d'avoir accompli notre destinée et que ce serait en vain que nous lutterions contre les lois du développement historique. Sachant exactement où nous en sommes, nous saurons prendre les choses comme elles sont, et, en gens avisés, suivre un régime approprié à notre état de vieil- lesse. Il y a des choses qui nous sont défendues, d'autres qui nous sont permises. Ne faisons par exemple plus de poésie, ce serait tout à fait hors de saison et d'ailleurs ce serait de la fort mauvaise poésie, ne faisons plus de peinture, ce serait un art décadent ; ne nous risquons plus à échafauder des systèmes de philosophie ; nous ne ferions que répéter ce que d'autres ont dit avant nous. Mais que pouvons-nous donc faire qui soit en rapport avec notre âge ? Nous savons bâtir des chemins de fer, et faire de la navigation. Voilà qui est fort bien pour des gens dont la vitalité se réduit de plus en plus aux fonctions cérébrales. Une autre tâche pourtant nous est réservée et qui est beaucoup plus importante. Si nous sommes incapables de création métaphysique, du moins pouvons-nous établir le bilan de la philosophie antérieure. Sceptiques, désabusés, parce que sans vie et sans foi, nous sommes bien placés pour faire l'histoire des idées que d'autres,

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