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taisie, mais sur un ton plus grave, dans ce Repos au lac Asquam où les figures sanglantes des jeunes poètes tombés pendant la guerre traversent un papillotant paysage d’Amérique, enchâssé lui-même entre deux souvenirs d’amour. S’il y a, dans l’architecture de ces rêveries, un procédé un peu trop visible et si M. Giraudoux semble trop craindre d’être indiscret en posant çà et là quelques touches plus larges et plus insistantes, on ose à peine le lui reprocher, tant il sait conserver, sous son ingéniosité, la fraîcheur de ses émotions. (Voyez, dans ce volume, les touchants souvenirs de la vie de fantassin intitulés Mort de Segaux, mort de Drigeard.) Sans cesse on tremble qu’il ne franchisse la limite de la quintessence, tant il s’amuse à la serrer de près. On songe à ce « bouleau fluet et géant » dont il parle, « qui n’a qu’une touffe à son sommet et qui chavirera s’il lui pousse une autre feuille ». Cette feuille, M. Giraudoux l’arrache à temps et si le bouleau oscille un instant, c’est gra- cieusement et sans verser.

Nous a-t-on assez décrit ou chanté l’entrée des troupes françaises dans les villes d’Alsace ; mais que tout cela est terne, plat ou emphatique à côté du délire d’amour auquel nous avons assisté, à côté de la merveilleuse flambée où le comique le plus attendrissant se mêlait aux larmes de joie. Je n’ai retrouvé ce frémissement, ce crescendo d’ivresse que dans l’Entrée à Saverne de M. Giraudoux. Libre à lui de juxtaposer de petites images tarabiscotées, s’il en obtient cet effet d’ensemble.

Certains s’irriteront contre le ton de ce livre, trop « guerre en dentelles » à leur goût. S’imaginent-ils donc que la guerre de la Succession d’Espagne ou la guerre de Sept Ans furent beaucoup plus riantes que celle d’où nous sortons ? L’élégance n’a jamais résidé que dans la bravoure du conteur. Notre époque n’aurait-elle plus assez de verve pour aimer la crânerie lorsqu’elle est jointe à de la jeu-