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nappe de lumière frisante dont M. Giraudoux se plaît à noyer ses paysages, on n’oublie pas le sang. Si ce qu’il décrit se nacre de reflets, si tout ce qu’il évoque s’entoure d’associations imprévues, c’est par l’effet de ce courage sou- riant, qui a maintenu la bonne humeur du soldat jusque dans les plus mornes épreuves. (On n’en trouverait pas de meilleur exemple que les pages de ce volume qui peignent une matinée sur la presqu’île de Gallipoli.) D’ailleurs, à côté de l’épopée, la bucolique de guerre et l’élégie ont aussi leurs droits. Combien de combattants pour qui la guerre de position fut la première expérience de vie champêtre ! A moins d’être, dans le civil, bûcheron ou charbonnier, quand a-t-on pu goûter le cycle des saisons mieux que dans un gourbi au fond des bois ; et surveiller toutes les heures de la nuit et de l’aube, que par le soupirail d’un observatoire ; et nouer des amitiés inattendues, que dans l’oisiveté des cantonnements ; et connaître les peuples du monde entier, qu’en cette babel d’armées amies que fut le front pendant les dernières années ? Les souvenirs heureux étant ceux qui finis- sent presque toujours par prendre le dessus dans nos mémoires, qui sait si un livre comme celui-ci, avec son enjouement et sa mélancolie, ne semblera pas un jour, à beaucoup de ceux qui ont fait la guerre, un miroir plus fidèle que tel récit plus littéral de ce qu’ils ont vu ?

On n’a pas oublié cette Nuit à Chateauroux, qui parut ici-même et par laquelle débute Adorable Clio. Dans un hôpital militaire de la ville où s’est écoulée son enfance, l’auteur passe toute une nuit à échanger des lettres avec un ami de pension, un Russe qu’il a connu dans un aimable Munich d’il y a vingt ans. On se rappelle avec quel art capricieux les plans se confondent, les époques se superposent, les contrées se télescopent, quel agrément naît de ces contrastes, de ces rapprochements, de ces émotions répercutées comme dans un jeu de glaces. Même fan-