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à l’oreille et à la raison. Bien que Toulet en ait souvent trop travaillé, damasquiné le métal, son verbe reste solide. Malgré ses caprices et ses clowneries délicieuses de syntaxe, il n’évoque jamais les abominables jargons dits « artistes » dont on nous a tant fatigués. Il s’est appris chez le Balzac d’Angoulême, chez La Bruyère et chez Racine, façonné avec Voltaire, Laclos et Rivarol. Le beau pastiche que réalise l’épître dédicatoire de Mon amie Nane atteste déjà une sûreté foncière.

Et l’expression de Toulet a, quand il le faut, une concision, une sobriété magistrales, lorsqu’on découvre dans ses écrits autre chose qu’un divertissement. Sous la bizarrerie des personnages et du décor, il est d’âpres et même de brutales leçons. Nane, M. du Paur, la Mme d’Erèse des Tendres Ménages ne se travestissent que pour mieux accuser leur humanité, traduire plus fortement le pessimisme irréductible de l’auteur. Ou plutôt son mépris quelquefois amusé, rarement indulgent. Un recueil de pensées, voire de boutades, de petits portraits (le Divan en a imprimé quelques pages) nous fera connaître l’essentiel du Toulet, habile à chercher, implacable à dénoncer la tare, apportant une joie féroce à en détailler la laideur. Puis, revenant à un rêve de beauté, d’élévation inaccessibles, et, par la nostalgie qu’il éprouve, expliquant la haine satisfaite de sa clairvoyance. Almanach des Trois Impostures annoncera le titre amer.

La saveur de la prose qui trace ses précieuses arabesques, réussit des ellipses si caractéristiques dans la Princesse de Colchide ou les Ombres Chinoises, le charme des fictions, des symboles, l’inattendu des répliques, les observations aiguës, tout ce que le roman et la nouvelle de P.-J. Toulet mêlent en un si voluptueux et clair désordre vient, semble-t-il, au second plan lorsqu’on relit les Contrerimes. Le travail du prosateur parait n’être qu’un exercice où l’art du