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fut le règne de ce qu’on appelait l’écriture artiste, et l’écriture artiste peut passer pour un héritage des Goncourt. Elle consiste dans un effort d’invention verbale perpétuellement visible, dans une volonté de laisser cet effort incorporé à la texture du style : il faut que le lecteur voie que l’auteur s’est appliqué et qu’au contraire d’Oronte il a mis beaucoup plus d’un quart d’heure à faire sa phrase. Elle aboutit rapidement à certaines fondrières, par exemple à la cacographie de Jean Lombard. Mais elle a aussi contribué à forijer des stvles solides, ingénieux, construits et défendus contre le cliché par une vigilance intelligente, comme ceux de Huysmans et de Rémy de Gourmont.

Surtout le Svmbolisme et une bonne partie de la littérature actuelle ont continué l’œuvre des Concourt et mené leur combat en réagissant de plus en plus contre l’oratoire, en lui devenant de plus en plus étrangers. L’incapacité absolue des Goncourt dans tout l’ordre qui se rattachait plus ou moins à la culture oratoire, s’est étendue peu à peu, en entourant et en dépassant certains îlots tenaces de résistance, à toute notre littérature.

Notons que les nouveautés vers lesquelles allait en peinture le goût, hardiment précurseur, des Concourt, marquent bien les affinités et les analogies qui nous feront mieux comprendre ce qu’est une réaction contre l’oratoire. La peinture du xviiie siècle qu’ils ont si intelligemment ramenée à la lumière, aimée et étudiée, vit dans un état précaire de tendresse et de défense contre la peinture oratoire qui la précède — celle du xvii^ siècle, — contre celle qui la guette et dont elle a porté le germe — Creuze conseillé par Diderot, — contre celle qui la suit — David dont les élèves cribleront de mie de pain l'Embarquement pour Cythère. — Pareillement l’art japonais est à l’antipode de la « composition » gréco-romaine et classique, et, par une loi inévitable de compensation, en même temps que nous nous sommes fait un sens