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766 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

prc'fèrc comprendre et approuver, et il me semble que si j'étais un fidèle des Concourt, je ne lui saurais pas un gré bien vif de cette bienveillance un peu molle.

Car il y a une question des Concourt. Ils ont vécu dans une atmosphère de bataille littéraire, et la piété fraternelle d'Edmond de Concourt a même fait admettre la légende d'après laquelle Jules aurait été tué dans cette bataille, vic- time de la littérature, de l'acharnement au travail et surtout des coups portés par la critique malveillante. Et, au fond, ce conflit persistant, cette opposition des Concourt et de la critique sont bien une réalité littéraire, curieuse à voir de près, et qui nous ouvre une route dans l'histoire intellectuelle du siècle passé.

Il faut d'abord liquider en souriant certains points de'vue un peu élémentaires, propos de Crcnier et de Journal, aux- quels la .candeur d'Edmond de Concourt et la politesse de ses interlocuteurs se ralliaient volontiers. Les deux frères se seraient aliénés par leurs premiers romans les milieux les plus influents. Charles Demailly les aurait brouillés avec les journalistes, parce que la rédaction du Scandale y est peu flattée, Manette Salomon avec les Juifs, parce que Manette est d'Israël, Madame Gervaisais avec les catholiques, tous leurs romans où la femme est dépeinte menteuse, perfide ou hystérique, avec les femmes, et leurs livres d'histoire, his- toire libre et non ofiîcielle, avec les professeurs, qui consi- dèrent l'histoire comme leur chasse gardée, ou comme leur « pain » (justement déserté par le beurre). Joignez à cela une histoire de France dirigée obstinément, pendant un demi-siècle, contre les Concourt, comme autrefois contre la maison d'Autriche, et tous les grands événements qui absorbent l'attention publique, depuis le coup d'Etat jusqu'à l'assassinat de Carnot, éclatant le jour de la mise en vente d'un de leurs livres.

La vérité est que, si les Concourt n'ont pas connu la

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