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SI LE GRAIN NE MEURT... 749

Deux factions divisaient la classe, et divisaient tout le lycée : Il y avait le parti des catholiques et le parti des protestants. A mon entrée à l'École Alsacienne j'avais appris que j'étais protestant : dès la première récréation les autres, m'entourant, m'avaient demandé :

— T'es catholique, toi ? ou protescul ? Parfaitement interloqué, entendant pour la première

fois de ma vie ces sons baroques — car mes parents s'étaient gardés de me laisser connaître que la foi de tous les Français pouvait ne pas être la même, et l'entente qui régnait h Rouen entre mes parents m'aveuglait sur leurs divergences confessionnelles — je répondis que je ne savais pas ce que tout cela voulait dire. Il y eut un camarade obligeant qui se chargea de m'expliquer :

— Les catholiques c'est ceux qui croient à la Sainte Vierge.

Sur quoi je m'écriai qu'alors j'étais sûrement protes- tant. Il n'y avait pas de juifs parmi nous, par miracle ; mais un petit gringalet, qui n'avait pas encore parlé, s'écria soudain ;

— Mon père, lui, est athée. — Ceci dit d'un ton supérieur, qui laissa les autres perplexes. Je retins le mot pour en demander l'explication à ma mère :

— Qu'est-ce que cela veut dire : athée ?

— Cela veut dire : un vilain sot.

Peu satisfait, j'interrogeai derechef, je pressai ; enfin maman, lassée, coupa court à mon insistance, comme elle faisait souvent, par un :

— Tu n'as pas besoin de comprendre cela maintenant, ou : Tu comprendras cela plus tard. (Elle avait un grand choix de réponses de ce genre, qui m'enrageaient).

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