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748 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sur lesquels lu lessive de la propriétaire s'épanouissait hebdomadairement. Un mur bas séparait ce jardin d'une courette voisine, sur laquelle ouvraient d'autres fenêtres : il y avait là des cris^ des chants, des odeurs d'huile, des langes qui séchaient, des tapis qu'en secouait, des pots de chambre qu'on vidait, des enfanis qui piaillaient, des oiseaux qui s'égosillaient dans leurs cages... On voyait errer de cour en cour nombre de chats famé- liques que, dans le désœuvrement des dimanches, le fils de la propriétaire et ses amis, grands galopins de dix-huit ans, poursuivaient à coups de débris de vaisselle. Nous dînions assez souvent chez les Charles Gide ; leur cuisine était excellente et contrastait avec la rata- touille que nous apportait le reste du temps un traiteur. La hideur de notre installation me donnait à penser que la mort de mon père avait entraîné notre ruine ; mais je n'osais questionner maman là-dessus. Si lugubre que fût l'appartement, c'était un paradis pour qui revenait du lycée. Je doute s'il avait beaucoup changé depuis le temps de Rabelais. L'entrée des classes était si peu protégée que le jeu des élèves était d'attirer les chiens de la rue. Non ; je dois me tromper ; la classe n'ouvrait tout de même pas directement sur le dehors... En tout cas je me souviens fort bien que, par la porte que Monsieur Nadaud laissait volontiers ouverte, un jour un chien entra ; après tout c'était peut-être le chien du con- cierge... Comme il n'y avait de patères nulle part où pouvoir accrocher ses eflets, ceux-ci servaient de coussin de siège ; et aussi de coussin de pieds pour le voisin d'au-dessus, car on était sur des gradins. On écrivait sur ses genoux.

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