Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


BEAUTÉ, MON BEAU SOUCI 69

— Queenie...

Et l'instant d'après il était si près d'elle que le beau visage clair et les yeux bleus n'étaient plus qu'une seule tache fraîche devant ses yeux, et que ses lèvres tou- chaient les douces lèvres humides, et qu'il sentait passer leur souffle à travers sa moustache. D'abord elle avait eu un mouvement de recul, mais aussitôt après elle rendit le baiser, bravement, en fermant les yeux, avec élan et maladresse. Puis elle essaya de dire « Non », comme un entant : « N... n... non. » Et Marc, cédant à la pres- sion de son coude^ consentit à se détacher d'elle. Mais il couvrit de sa main la petite main qui reposait sur le coussin. Il dit :

— J'espère que vous n'arriverez pas en retard.

— J'espère que non ; je suppose qu'ils m'attendront. Toutes les pensées de Marc s'élevaient du sein d'une

grande joie tranquille. C'était donc vrai : l'éblouissante apparition, la Fée, la jeune Folie blanche et bleue, — il l'avait tenue dans ses bras, et ce visage vers lequel il osait à peine élever ses regards, il y avait à peine une demi-heure... Ah, ce n'était qu'une petite mortelle, après tout ; mais une si douce petite mortelle. Ensuite il se reprocha d'être si ému, et d'attacher tant d'impor- tance à ce qu'il venait de faire. Il se dit qu'il était resté bien collégien malgré ses vingt-cinq ans, et qu'un homme de son âge qui embrassait une jeune fille devait le faire délibérément, et même presque distraitement. Sûrement les vrais séducteurs devaient prendre un pre- mier baiser avec autant de calme qu'un employé des postes oblitère un timbre. Quoi, cette enfant paraissait bien moins émue que lui !

��^

�� �