Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


VIE DE GUILLAUME APOLLINAIRE 679

En ce temps-là, il n'était pas encore parfaitement impossible de s'accouder à un piano pour réciter des vers dans une cave enfumée. Parce que nous avions vingt ans, parce que nous entendions pour la première fois nos vers se résoudre en naïve musique pour des inconnus, la cave nous paraissait illuminée. Par la suite, nous tra- vaillâmes gaiement à rendre une telle attitude irrece- vable. La jeunesse a besoin d'assurer une destruction quelconque. Nous avons détruit cela. Nous avons tra- vaillé aisément à ruiner l'attitude artistique et la vie litté- raire qui n'étaient plus que convention amollie, après s'être soutenues longtemps assez haut mais toujours artificiellement. Dédais^neux du conseil de mettre de la vie dans l'art, nous avons tenté de restituer l'art à la vie.

Nous nous reconnûmes. Qui aborda l'autre le pre- mier ? Je crois que le charmant Arne Hammer, le filleul de Bjerstern Bjornson, secrétaire de VEiiropéeii, sut obéir à sa mission desecourir nos timidités. Quelques semaines plus tard, nous nous trouvions en face de Max Jacob et Guillaume que nous accompagnions rencontrait « le plus ancien de ses amis «, René Dalize le marin, dans un rassemblement, qui revenait de Chine et de la Marti- nique. La mort seule devait dissoudre le groupe.

Je ne peux rien écrire que d'une écriture brisée.

Jacques Rivière avait raison. L'anecdote peut être mer\eilleusement appropriée.

Une suite d'images, divinement tristes malgré leurs vives couleurs à cause de la faiblesse de nos yeux mar- tyrisés.

Guillaume était marqué pour régner.

�� �