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666 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

traire, les nudités ne sont strictement, ainsi que les troncs d'arbres du second plan, que la limite de pyra- mides idéales. C'est la seule impondérable force inté- rieure de l'artiste, le rayonnement de son âme de peintre qui nimbe ces corps — désintéressés de toute aventure autre que plastique — d'un halo de grâce et d'humanité. La prédominance de la volonté spéculative sur le respect de la vérité naturelle ou historique s'affirme chez Cézanne jusque dans la composition. Chez David, la solidité de l'édifice constructif est due à la seule sûreté du goût et à l'application de deux ou trois règles sim- ples. Chez Cézanne^ je peux affirmer — encore que je ne pousse pas l'impertinence jusqu'à prétendre, comme cer- tains faux-savants, avoir déchiffré toute l'énigme cézan- nienne — je peux affirmer que la construction est, à partir de 1885, le résultat d'une combinaison métho- dique, mathématique, scientifique de formes élémen- taires, choisies comme types ou Icit-motiv et dont la répercussion systématique, au lieu d'être soigneusement motivée par des objets d'apparence innocente, transpa- raît, s'avoue, s'affirme avec éloquence. Qu'on regarde avec quelque attention ses tableaux à partir de l'époque où il peignit ce curieux Mardi gras aussi singulier d'as- pect qu'une écriture chiffrée et dont toutes les formes se font les unes aux autres de mystérieuses allusions. Cer- taines natures-mortes sont le résultat d'un svstème d'ana- logies de formes, de rappels et de répétitions : par e-xem^ple de la courbe d'une assiette et de l'angle d'une table dans les plis à sous-entendus d'une serviette, ici tortillée arbitrairement, là étirée, et d'une rigidité invrai- semblable. On retrouve sur toute l'étendue de ces toiles

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