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l'enseignement de CÉZANNE 66)

dre avec son âme ». C'est bien là la plus périlleuse ten- tative que puisse assumer un artiste. Un tel idéal impli- que, pour ne pas atteindre à un mysticisme extravagant, une digestion préalable, à titre d'antidote, de toute la géométrie et, dans l'œuvre même, l'omni-présence de ce support invincible. Ce qui, chez les esprits unique- ment scientifiques aboutit à la sécheresse, provoque au contraire, chez cette âme tendre, le maximum d'expres- sion. Une grande partie du pouvoir tmotif des toiles de Cézanne provient ainsi de ce que le peintre, au lieu de les cacher, montre ses moyens-

J'ai déjà indiqué ' — trop rapidement à mon gré — la genèse de cette orientation nouvelle de l'esprit pictural dont je distinguais les prémices en David, cet autre pré- curseur dont le règne est loin d'être terminé. Cette mise en évidence de la méthode du peintre est encore, chez l'auteur des Satines, assez discrète. Dans ses toiles les plus didactiques, la démonstration est toujours absorbée par le sujet qui la motive. Chez Cézanne la pensée pure- ment picturale est de moins en moins camouflée par l'anecdote. Au fur et à mesure qu'il possède les éléments de son art, ceux-ci tendent à renfermer toute l'émotion. La gratuité de ses sujets favoris : baigneuses et natures- mortes est indéniable. Le geste de la femme qui au centre du tableau des Satines étend les bras horizontale- ment est autant un mouvement de supplication que l'affirmation d'un angle constructif. Dans le grand tableau des Baigneuses de la collection Pellerin, au con-

��I. Première visite au Louvre. Voir la Nouvelle Revue Française 4u 1"=' septembre 1919.

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