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l'enseignement de CÉZANNE ()(,l

C'est cette fusion ordonnée, intelligible et plastique des formes, ce chevauchement des plans vivants, cet enlacement amoureux des objets qui ne peuvent désor- mais vivre les uns sans les autres et qu'on ne peut découper du pinceau, séparer sans les taire mourir, c'est ce conglomérat sensible que Cézanne reconstitue dans ses tableaux, dont il importe peu qu'ils représentent un compotier rempli de pommes, un paysage d'ici ou d'ail- leurs, ou une figure. L'objet matériel, ici, ne compte plus ou, plutôt il n'y a plus qu'un seul objet en vue : c'est Fémotion née de la sensation. Quand Cézanne allait « sur le motif», il savait bien — encore qu'il eût « adopté » tel bouquet d'arbres — que ce motif serait tout spirituel : la vibration intérieure, au contact de l'objet-prétexte.

Il me paraît nécessaire de m'attarder sur ce parallé- lisme que j'aperçois entre le plus éloquent des peintres et le plus émouvant des poètes, et de définir une fois pour toutes ce que j'ai déjà nommé la métaphore plas- tique.

A qui reçoit une émotion profonde, la constatation pure et simple du fait ne sufiit pas. Le poète ne se con- tente pas de décrire l'objet, d'en donner le contour exact, mais il le prend et le projette dans un monde difi'érentde celui où il baigne ordinairement. Il le remplace ainsi par un autre objet mieux que le premier capable de nous éblouir. La lumière projetée en la conscience du lecteur par l'apparition soudaine de cet objet inattendu donne l'équivalent de l'émotion du poète. Cézanne, mû par un sentiment semblable à celui qui anime ce dernier, ima- gine une opération identique. Il connaît un monde mer-

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