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660 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

qu'en art comme ailleurs toute richesse est intérieure. On ne saurait trop insister sur cette délivrance par Cézanne de la peinture française depuis quatre siècles ligottée comme Angélique sur le rocher théâtral du Sublime ita- lien. Ce héros pacifique osa ce simple geste, qu'Ingres, trop ébloui par le côté '.( décorateur » de Raphaël, ne fit qu'à moitié : Il referma la porte séculaire donnant sur des contrées trop magnifiques et du même coup, ouvrit une nouvelle fenêtre sur l'infini. Il reconduisit, avec des politesses dont on suit le reflet dans ses premières com- positions mouvementées, la classique déesse italienne à sa frontière. Mais, ce faisant, il rencontra en chemin une fée nouvelle, semblable à celles qui, dans les contes, revêtent, pour éprouver le cœur du passant, la robe la plus humble. Il fut le premier à donner audience avec une entière générosité, avec un modeste abandon, à la fée «sensation ». Les impressionnistes, certes, l'avaient déjà accueillie, mais n'avaient pas eu la patience d'écou- ter son discours jusqu'au bout. Elle ne leur laissa entre les mains, pour prix de leurs gentillesses, qu'une poignée de perles. Elle donna davantage à Renoir, à Seurat et à Cézanne. Ce dernier eut comme récompense de son humilité le pouvoir de lire à travers les objets. L'univers pour lui n'eut plus de limites matérielles. Les phéno- mènes devinrent transparents, et laissèrent voir leurs sources. Le dessus et le dessous des objets lui apparurent simultanément. C'est pourquoi le geste maniaque de planter son chevalet en plein air n'a plus chez lui le ridicule qu'il revêt chez tant de collectionneurs de « points-de-vue ». Les objets, pour qui est initié aux plus élémentaires mystères du monde, ne s'arrêtent pas

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