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658 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

chaque chose et lui donnant son sens véritable, Cézanne, le grand architecte, le maître de l'œuvre, possédant les secrets de la matière et traçant, sur le modèle de l'uni- vers, le plan du temple nouveau.

Pour réaliser sa tâche, et introduire dans une atmos- phère morale et architecturale la peinture « au jour le jour » des braconniers impressionnistes, Cézanne com- prit qu'il ne suffisait pas « d'user culinairement du monde », comme dit Emerson, mais qu'il fallait en avoir une perception humaine et universelle. Au lieu de s'ébrouer follement en des prairies trop fleuries et de laisser son regard s'amuser au gré des arabesques passa- gères, il admit implicitement qu'il lui fallait adopter « une rectitude de position telle que les pôles de l'œil coïncidassent avec l'axe du monde ». En cette attitude, l'artiste peut envisager les phénomènes ; il le doit , même puisqu'ils deviennent pour lui le langage symbo- lique des grandes lois cosmiques. Découverte magnifique, invention du seul génie ! Où Gauguin tente, avec une intelligence de littérateur plus que de peintre de réaliser cette même orientation de l'esprit synthétique en s'éva- dant entièrement de l'impressionnisme, c'est-à-dire en soulevant un problème hors de l'aclualité, Cézanne, avec la sagesse du juste, assume entièrement la question posée et trouve la seule réponse pertinente. Les impression- nistes, dédaignant le ciel, n'interrogèrent que la terre. Il ne va pas déserter la région que défrichent gauchement ses condisciples ; il conservera au contraire leur attitude courbée. Au lieu de se redresser orgueilleusement, comme son faux disciple Gauguin vers les cieux trop connus des enlumineurs, il cherchera sur la terre un reflet

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