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650 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

leurs moyens d'expression, prennent hypocritement un visage décent. Devant cette supercherie, on aurait envie de crier « à bas Cézanne ! » si on ne savait que certains peintres^, par des moyens différents quoique issus des siens, perpétuent son esprit.

Ici, il faut constater, d'ailleurs, un singulier phéno- mène d'ingratitude — peut-être nécessaire, après tout, au labeur, qui aime à se croire « indépendant ». — Il est de bon ton, depuis quelques années, chez les peintres dont Cézanne fut le libérateur, de le considérer de haut, de le négliger, comme si ses conseils se fussent tout à coup évaporés. Le grand homme est en ce moment comme arrivé à un point mort dans l'oscillation de sa gloire.

Je voudrais tenter de le réhabiliter aux yeux de ses détracteurs volontaires : quelques cubistes, et de- ses dif- famateurs inconscients : les réalistes à courte-vue qui l'invoquent — peut-être sincèrement — au sein de leurs misérables travaux. Un ancien disciple de Cézanne, M. Emile Bernard, s'occupant maintenant (k l'en croire) à des besognes plus sérieuses, accuse son ancien maître d'être le fauteur du désordre pictural actuel. L'exemple de son travail obstiné d'après nature aurait suscité cette horde de maniaques qui peignent inlassa- blement les maisons de la campagne d'Aix, ou des pommes dans un compotier. Le crime de ce grand pein- tre serait, au dire de M. E. Bernard, d'avoir « basé son système sur une optique ». Le remède unique contre cette formule qui, toujours selon M. E. Bernard, con- tiendrait ses propres germes de destruction, ne serait autre qu'un retour sans remords à la grande tradition

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