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640 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Tout le maigre apport du romantisme italien s'est dissipé en fumée après i8éo sous l'influence d'un grand fait politi- que : l'unité. Le lyrisme patriotique traditionnel, auquel il avait ajouté une note nouvelle, a disparu après avoir fleuri une dernière fois chez d'Annunzio, poète de l'impérialisme et de la plus grande Italie.

On peut dire que l'unité italienne a enlevé leur principal motif d'inspiration aux poètes de la péninsule. Et comme leur romantisme ne leur a légué aucune tradition de lyrisme personnel, ils tâtonnent sans trouver leur voie. Ce qui fait cruellement défaut à l'Italie, c'est de n'avoir pas derrière elle une série du genre Lamartinc-Hugo-Musset-Baudelaire- Verlaine et Bvron-Shelley-Keats-Brpwning.

Dans l'ordre littéraire, moins encore que dans l'ordre social ou politique, la nature ne fait pas de saut. Le propre de l'Italie contemporaine est pourtant de vouloir dans tous les domai- nes brûler les étapes. A peine sortie de la monarchie absolue, elle veut sauter par-dessus le parlementarisme, et tend vers les Soviets ; au sortir d'un régime économique moyenâgeux, elle prétend réaliser les grands trusts à l'américaine ; ses campagnes sont encore dans l'analphabétisme et lapouillerie, et ses grandes villes rivalisent déjà en bonne tenue et en modernité avec les plus belles villes d'Allemagne.

En littérature, l'Italie a voulu du classicisme (devenu, sauf exceptions, académisme) passer au futurisme. Depuis vingt ans, elle balbutie. Ardengo Softici, qui était, avant la guerre, de Montparnasse au moins autant que de Florence, disait un jour : « Les littérateurs italiens ont avant tout besoin de boire de l'absinthe. » Rien de plus exact : l'absinthe, breuvage romantique, leur conviendrait parfaitement. Soflîci, en par- lant de la sorte, pensait aux vieilles perruques qui étaient encore au sage régime du vin. Il ne songeait pas aux cock- tails dadaïstes.

De l'académisme ils ont bondiàl'ésotérisme. Qu'ils boivent

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