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Michel-Ange et de Beethoven, aient pu séduire des esprits allemands dans précisément ce qu’ils ont d’anti-Gœthéen et d’anti-Nietzschéen... D’ailleurs Curtius est trop intelligent et trop bon connaisseur pour ne pas, au moins par un bout, le sentir.

Jean Christophe, dit-il, n’est pas le fruit d’une volonté d’art poursuivant un but d’expression esthétique. Cela explique pourquoi ceux qui dans l’art ne cherchent que l’art (« die von der Kiinsl nur die KiiHst li’ollen »), se détournent de Rolland. Les milliers de lecteurs pour qui Jean Christophe est devenu un anii n’ont pas tant senti ce livre comme une expérience d’art que comme une leçon de vie qui n’a rien à faire avec la littérature. — Ce livre prêche puissamment l’énergie ! (« Eine geivaltiçe Predigt der Energie ist dies Buch »).

En effet, prêche.

Et plus loin : « Le grand danger de cette conception de l’art est de nous amener facilement à faire servir l’art à des fins qui sont en dehors de l’art... peut-être Rolland ne s’est-il pas toujours assez défié de ce danger ». Voilà qui est mieux, mais ensuite : u Tout comme Christophe, lui-même a trouvé le chemin d’une conception plus profonde des rapports entre l’art et le salut de l’humanité ».

Curtius pense que s’il fallait assigner un milieu spirituel à l’état d’esprit de Romain Rolland on l’imai^inerait le plus volontiers, dans la sphère d’une culture individuelle intériorisée par le protestantisme et la musique f« in der Sphâre der protesianiisch imtsihalisch vcrinnerlichten Persdnlichheitskiiltur »).

On voit que, traduite en langue française, à ce crible inexorable, la pensée perd l’espèce de fermeté qu’elle usurpait, et ne signifie rien que d’assez vague.

Dans l’idéalisme de Rolland vit, purifié de ses ingrédients trop humains, le plus noble pathétique des traditions révolutionnaires de France, l’enthousiasme humanitaire de Diderot, de Michelet, de Victor Hugo, de Zola. Vu de cet angle, l’œuvre de Rolland semble