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RÉFLEXIONS SUR LA LITTERATURE 595

VOUS les décrire, voulez-vous ? On dirait des cloches de flamme, de grandes cloches d'azur emplies du parfum de l'amour et que balance le vent du soir. Pourquoi me dites- vous qu'il n'y en a pas, là devant nous? J'en vois la prairie toute emplie. » Le monde où vit Gertrude est beau comme un ra3'on de miel, d'un miel composé de la musique, si complète et si puissante pour une créattu-e chez qui l'oreille est appelée à suppléer le regard, de la charité des hommes, de la douceur du maître qui l'a conduite à la pensée, de l'Evangile dans lequel cette maison de pasteur l'a main- tenue baignée.

Ce monde est beau, mais illusoire. Ce monde qui s'est formé autour d'une aveugle participe de l'aveuglement et du mensonge. On songerait un peu au Canard Sauvage .

Dans un monde de clairvoyants, il y a un ordre de la lumière, qui fait fonction de vérité. Et le jour où Gertrude a cessé d'être physiquement aveugle, le contraste entre l'erreur où elle était mêlée et la vérité à laquelle lui donne accès son sens nouveau lui rend sa destinée contradictoire et la vie impossible. A%eugle elle a aimé la parole et l'âme du pas- teur ; clairv'oyante elle voit que cette parole et cette âme correspondent à la figure de Jacques. Son monde ancien et son monde nouveau, au lieu de se combiner pour la faire vivre, la tuent par leur contraste.

A ce point du récit, il v a un monde d'illusion et un monde de vérité. Le monde d'illusion se confond avec l'aveuglement physique de Gertrude et l'aveuglement spiri- tuel du pasteur. Cette illusion c'est, d'une façon générale, celle de la facilité, cette facilité que Lamartine appelait la grâce du génie et qui en paraît la tentation et le danger : danger de l'art, danger de l'Etat, danger de la vie intérieure, ce Est-ce trahir le Christ? dit le pasteur. Est-ce diminuer, profaner l'Evangile que d'y voir surtout une viclhodc pour arriver à la vie hienheiireiix ? L'état de joie, qu'empêchent

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