Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


582 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Corps de femme jamais n'avait été plus aride, plus brûlant, plus desséché par le Désir, plus désertique. Les yeux de Véronique avaient mangé toute sa face pour mieux voirGodeau.

Longtemps Godeau calcula le mouvement qu'il aurait à faire, pour que sa tête reposât sur l'épaule de Véronique ou sur ses genoux sans s'être brisée. Il en étudia la trajectoire, compta jusqu'à dix.

La veilleuse tremblait. Véronique se demanda par quel miracle la tête d'un homme s'appuyait à l'épaule de la Maigreur et de l'Honnêteté. Il est vrai que c'était la tête de Godeau.

Elle la regardait sans l'oser toucher, et puis elle se mit à la repousser avec des caresses. Godeau ajouta à la répulsion de Véronique plus de sens qu'à ses caresses qui étaient si dures. Il se redressa.

Véronique dit, — qui n'attribuait de sens qu'à ses caresses :

« Oh ! Monsieur Godeau. Quelle honte ! Vous allez me croire pareille à elles toutes. »

Cérémonieux et froissé, Godeau proclama qu'elle ne l'aimait point.

Véronique dit : « J'ai encore ma mère. »

On entendit la vieille femme, qui se mourait, se retourner.

VI

Deux mois plus tard. Madame Pincengrain allait mourir. Godeau se trouvait auprès de l'alcôve de son agonie. Véronique lui parlait des persécutions dont elle

�� �