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pittoresque — forme « artiste » de cette tendance à la différenciation et à la fausse exactitude que nous vous reprochons.

Qu’en français Ronsard « parle grec », c’est souvent charmant et parfois admirable ; mais que vous alliez mettre des mots grecs dans la bouche de Grecs véritables, voilà qui n’a plus le moindre sel. Vous alléguez une raison d’exactitude ; mais, tout au contraire, ces mots n’ont, pour la plupart d’entre nous, qu’un sens assez imprécis, un sens noyé sous toute espèce d’irisations littéraires. Et quand ils seraient parfaitement appropriés, parfaitement à la mesure de la chose désignée, ils n’en seraient pas moins déplorables, s’ils particularisent ce qui pourrait être général, s’ils relèguent dans l’antiquaille ce qui devrait rester à l’homme de tous les temps. Enfin — et ceci me ramène à ma marotte — j’affirme qu’à moins de preuves évidentes du contraire, on diminue beaucoup les chances d’erreur en partant de ce principe que les hommes sont toujours pareils à eux-mêmes et qu’on ne les peint jamais dans leur vérité profonde mieux qu’en employant des couleurs qui nous peindraient nous-mêmes avec vérité.

Laissez-moi prendre un exemple : l’idée qu’un Français de culture moyenne se fait du xvi’ siècle. Quelle image de cette époque a-t-on mise dans nos mémoires ? Ce ne sont qu’arquebuses, que gibets, que massacres, que discussions théologiques, que fraises, que corsets, que monstrueuses braguettes, qu’élégances cruelles, qu’ivresse intellectuelle, que jeux d’artistes et de princes — image d’ailleurs belle, mais où nous ne pouvons nous imaginer nous-mêmes en quelque attitude que ce