Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


LES PIKCENGRAIN 57^

connaître. Un soir au crépuscule, avec ses sœurs, il m'a conduite sur une montagne déserte, couverte d'ajoncs secs et de bruyères, où il nous a fait danser. Je n'avais jamais dansé ; et puis il nous a fait agenouiller vers le soleil disparu, pour dire notre « Pater ». Toujours il m'entraînait en .avant, et les autres semblaient nous faire escorte. Personne ne l'inté- ressait plus que moi, et il semblait n'être occupé que de lui-même. Il parlait du soleil comme de son cousin. Jamais je n'avais regardé le soleil, avant d'avoir vu Monsieur Godeau. Je m'attendris chaque soir maintenant quand le soleil s'en va. Mais Monsieur Go- deau donne surtout le goût de voir une lumière plus divine, qui pourrait être en lui, que je veux chercher en Dieu. »

XIII

Le lendemain, Godeau fit son entrée chez les Pincen- grain. On le présenta d'abord à Véronique, comme à la plus instruite et au plus parfait modèle de l'idéal triste de la maison. Il accourait au-devant d'elle, l'âme tra- vaillée de pressentiments infinis. Elle le voyait venir de l'éternité comme le soleil se lève au pied d'une colline qui porte une pauvre vigne et veut voir mûrir son fruit.

Tout le monde se fit leur complice, et la mère de Véronique et la mère de Godeau. Ils étaient faits pour se comprendre, répétait Madame Godichon. On les rapprocha, en attendant le dîner; on isola leurs deux couverts à table. Ils eurent une conversation immédiate, intime et continuelle, oublièrent leur entourage, et avant

�� �