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558 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de Prisca est dans la façon dont elle parle de ses sœurs et de sa mère ; de sa mère qui porte une douleur inconsolable ; de Véronique plus intelligente qu'elles trois, plus instruite que femme ordinaire, et droite comme l'image de la Justice ; d'EIiane la plus pure, qui est sans péché, une bonne victime expiatoire.

Madame Pincengrain pense toujours à Monsieur Pin- cengrain. Elle n'en parle jamais, — défend à ses filles d'en parler, — ou bien elle en parle comme d'un mort. Elle se réjouit d'avoir l'apparence d'une morte, pour satisfaire à des perversions insoupçonnées. Elle recherche la propreté la plus excessive, observe un soin de son corps que ses filles ne lui connaissaient pas et qu'elles servent, comme on est impressionné devant la pierre d'un autel. S'il arrive à Madame Pincengrain de parler de Maman Lecœur, sa propre mère, clic dit que c'était « une belle petite femme ».

��III

��Prisca rentre en retard un soir. Ses sœurs s'inquiètent. Sa mère lui fait un reproche. Prisca se retourne vers leur tristesse avec un regard nouveau qui leur reste étranger, qu'elles prennent pour de la colère contre elles, parce qu'il est joyeux. Eliane n'a jamais rien désiré qui ne fût conforme au cœur de Véronique. Véronique n'a jamais dit non aux états d'âme parfois si sombres de sa mère. L'union de ces trois créatures moroses paraissait univer- selle et indissoluble. La joie de Prisca les fait souffrir, leur fait éprouver leur « différence » dans le monde, et presque les insulte.

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