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44 LA NOUVELLE REA^UE FRANÇAISE

La subordination que vous acceptiez, la société vous en marquait sa reconnaissance, ainsi qu'il était logique €t courtois, en choisissant ses maîtres et ses chefs parmi les plus grands d'entre vous. Chez les historiens de moindre envergure, on admirait la conscience du tra- vail, fût-ce en des œuvres d'une noblesse un peu déser- tique. Et vos apprentis mêmes étaient les bienvenus, occupés qu'ils étaient à débroussailler et à déblayer. On vous savait gré de ces brillantes opérations de police d'où vous ne rentriez jamais sans ramener par l'oreille quelque faussaire, et Ton vous bénissait quand vous retrouviez l'accès d'une de ces sources primitives dont jusqu'alors nous n'avions bu l'eau que polluée par les hasards de longs parcoiars.

En quoi, demandez-vous, ne sommes-nous plus les mêmes que par le passé ? — En ceci d'abord, que vous ne nous donnez plus de maîtres. (J'accorde que le génie ne se commande pas; mais si la rareté du génie peut ■être pour quelque chose dans la décadence de l'art, la réciproque n'est pas moins vraie). Ensuite en ce que vous avez changé d'attitude à l'égard de votre œuvre. L'objet est devenu prétexte; votre intervention est xievenue fin en soi. Vous ne nous permettez plus de vous oublier. Une fois le bassin de la source dégagé, enlevez vos jalons et vos pioches. Un peu moins d'éta- lage érudit, non pas seulement parce que cette vaine science est fastidieuse, mais parce qu'elle submerge le document. Laissez-nous seuls avec lui. On ne range pas sur le bord du saladier les limaces retirées de la laitue ; or je sais telle édition d'un fragile et charmant poète, où vous êtes pour quelque chose, et qui présente

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