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LETTRE A UN HISTORIEN 43

petite érudition, de cette sous-histoire qui sous prétexte de couleur et de curiosité a collectionné les bizarreries et les grimaces, si bien que les visages même récents de notre propre pays nous semblent aussi lointains et déroutants qu'un paysage de la Chine.

Posons un principe qui nous épargnera des malen- tendus : toute méthode me paraît bonne si elle me rapproche d'une époque, si elle me met de plain-pied avec le passé, si elle me permet d'en tirer pour mon propre compte nourriture, intérêt ou beauté ; toute méthode au contraire m'indispose si elle hérisse mon chemin d'obstacles inutiles. Je suis homme et non pas historien ; ce qui m'intéresse dans l'os c'est la moelle ; or ceux que vous me passez sont nettoyés comme des bibelots d'étagère. Vous m'avez déjà répondu que si mon ambition se bornait là, je pouvais la satisfaire dans les ouvrages de vulgarisation. Le malheur, c'est qu'ils ne me satisfont pas. Non, je prétends goûter à vos découvertes les plus pénétrantes, persuadé que l'homme est beaucoup plus divers, plus étrange et plus mons- trueux qu'on ne veut bien nous le montrer communé- ment (dans le présent aussi Sien que dans le passé) ; mais je demande que vous me fournissiez des documents ingénus et non pas déformés par des partis pris profes- sionnels.

Laissez-moi pousser la franchise aux limites de l'impertinence. Jusqu'ici votre corporation avait usé d'une discrétion dont ailleurs on a depuis long- temps fait litière. Vous conveniez que vous étiez là pour instruire les honnêtes gens, et que ceux-ci n'avaient pas pour raison d'être de former une cour aux historiens.

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