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476 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

équivaut à un mol nouveau », dit Bréal, que cite M. E. Bonnaffé,) et, une fois en possession du Dictionnaire des Anoliciswes, nous l'y avons cherché, mais sans beaucoup compter l'y trouver. Or, il y est, et savez-vous qui l'a intro- duit en France ? Paul Bourget ! et cela en 1895. Prenez-vous en donc à Paul Bourget, ô puriste, et laissez en paix — au moins en ce qui concerne « réaliser » — les « jeunes écri- vains ». Mais Paul Bourget a une excuse : c'est dans Outrc' Mer qu'il emploie « réaliser » (deux fois, d'après M. Bon- naffé). Dans un livre sur les Etats-Unis, un américanisme était bien à sa place ; c'était un peu de couleur locale, un artifice littéraire tout à fait légitime, et dont Taine avait donné l'exemple. Le mal a commencé le jour où un Fran- çais a tiré ce « réaliser » des pages à'Oiiire-Mer. (D'après le New English Dictiouary, — NED pour les philologues, — « realize » dans le sens de comprendre, saisir, se rendre compte de..., fut « à l'origine en usage surtout en Amérique, et sou- vent condamné de ce fait par les écrivains anglais, vers le milieu du xix^ siècle ». On le trouve pour la première fois en 1775 dans la Cardipbonia de John Newton, l'ami du poète Cowper. Au point de vue sémantique, il y a eu, en anglais, un acheminement vers cette acception, une évolu- tion dont on retrouve les chaînons successifs. Rien de tel en français.)

Continuons de lire l'introduction de M. E. Bonnaffé. « Il y a lieu, écrit-il, de noter que, malgré la longue domination de l'Angleterre sur une partie de nos pro- vinces, sous les Plantagenets, malgré la guerre de Cent Ans qui nous mit aux prises d'une façon si étroite avec nos voisins, ceux-ci ne nous ont passé, pendant toute cette période, qu'un nombre insignifiant de vocables. » Ceci nous fait penser que tel n'était pas l'avis d'un an- gliste distingué, philologue un peu Imaginatif, mais esprit original, qui a laissé sa marque et que M. E. Bon-

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