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NOTES 457

« Qui n'a rêve* le miracle d'une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? » peut fort bien être interprété dans ce sens. Certes la prose de Louis Bertrand diffère sensiblement de cet idéal, et Baudelaire ne semble pas avoir été plus heureux. C'est que tous deux ne cessèrent en écrivant de se placer dans le cadre du « poème», en sorte qu'il s'établit promptement un modèle du genre et qu'on put apprendre la règle du nouveau jeu. On « com- posa » dès lors des poèmes en prose tout comme des son- nets. MM. Pierre Reverdy et Max Jacob viennent de se rendre maîtres de cette forme ; il est fâcheux pour eux que les assignats n'aient pas conservé leur valeur. La char- mante distinction que l'autevir du Cornet à dés nous im- pose entre le poème de Rimbaud et le sien me semble fondée. Toutefois qu'il me laisse me prononcer avec Rim- baud pour le démembrement. Mon cher Max, l'enfer de l'art est pavé d'intentions semblables aux vôtres. Par contre les Illuminations n'ont rien à voir avec le système métrique, et c'est à elles qu'il a été donné d'entrer en communication avec notre moi le plus intime, à elles qu'il a appartenu de nous faire goûter les délices de cette « Chasse spirituelle » qui n'est pas seulement pour nous un manuscrit perdu.

Notre vie est toujours la Maison du Passeur. « En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire » nous nous transpor- tons d'un monde dans un autre. Il ne faut pas confondre les livres qu'on lit en voyage et ceux qui font voyager. Malgré tout je trouve bon que Bertrand se plaise à nous précipiter du présent dans un passé où aussitôt nos certitudes tombent en ruines. Je le loue aussi de recourir au dialogue chaque fois qu'il veut faire éclater le malentendu. Il n'est pas de lec- ture après laquelle on ne puisse continuer à chercher la pierre philosophale. L'humanité n'a pas vieilli. Dans la nuit

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