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NOTES • 449

louer leurs beaux côtés et les plaindre d'être si laids), et quelques idées générales. Mais Beyle ne pense pas, il sent. Ses principes politiques et religieux, nous en connais- sons l'origine : il est républicain et anticlérical, à Sept ans, si je ne me trompe, parce que son père, sa tante, son précepteur, qu'il n'aime pas, sont royalistes et catholiques. (Faut-il croire qu'il est patriote parce que ses ennemis intimes lui semblent ne pas l'être ?) Le plus grave est qu'il le demeurera toute sa vie, et pour les mêmes raisons. Et parce que son sentiment guide sa pensée et son obser- vation, il ne remarquera dans la vie que ce qui le sert : tout ce que font de bien les gens qui partagent une opinion qu'il hait, il ne le verra pas ; tout ce qu'ils font de mal lui servira à renforcer sa haine, à donner à celle-ci une appa- rence de raison, sans même qu'il se demande si ces gens, quand ils font le mal, suivent leurs principes ou s'ils les violent ; bien mieux, c'est par aversion de ces gens qu'il jugera leurs principes faux. Il déteste les ennuyeux ; or les gens vertueux l'ennuient; donc la vertu est détestable. Syllo- gisme simpliste, qui formera le fond de son raisonnement. Là-dessus, M. Arbelet d'écrire avec admiration : « Aucun scrupule gênant ne l'empêchera de trouver la vérité, ni d'oser la dire. » Il serait mieux de supposer que beaucoup de partis-pris gênants l'empêcheront de découvrir la vérité. D'ailleurs il ne la cherche pas ; son seul souci est l'analyse, j'entends l'analyse de soi, ou de ceux qui ressemblent à ce qu'il est, croit être ou rêve d'être, et il faut dire qu'il y excelle (encore ne s'inquiète-t-il pas de la valeur morale, ni de porter un jugement, ni de dégager des conclusions générales). Ayant du goût pour l'héroïsme et pour le roma- nesque, mais dénué du pouvoir de le réaliser, il passera ce goût en écrivant des romans ; ses personnages seront héroï- ques, ils seront romanesques, ils seront vrais, parce qu'ils seront non pas observés, mais imaginés par un homme

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