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NOTES 345

d'un trop maigre sujet, des auteurs abondants. Cependant, M. Arbelet ne se perd pas non plus dans des niaiseries affli- geantes ou d'encombrantes inutilités. C'est une âme, sa forma- tion, ses manifestations, qu'il étudie. Il le fait avec beaucoup de subtilité, de méthode, d'intelligence, après de nombreuses recherches (dont il jette la substance en notes, nous débarras- sant ainsi de ce pesant appareil d'érudition qui, chez tant d'auteurs, transforme un livre littéraire en une mosaïque de fiches). Il m'a convaincu qu'il avait beaucoup de mérite, mais non pas qu'il avait raison.

Ecrire un livre d'analyse, c'est interpréter les faits d'obser- vation, pour en expliquer l'origine, et pénétrer ainsi l'âme qui les a inspirés ; puis, cette âme, il faut la juger. Mais plus l'analyste est délié, plus il découvrira de raisons pos- sibles, vraisemblables, aux actes qu'il obsers'e, sans pouvoir décider, s'il est sincère, laquelle fut le mobile véritable ; il choisira, s'il veut décider cependant, celle qui cadre le mieux avec son impression générale. Cette impression géné- rale est antérieure à l'analyse, au raisonnement ; elle est, pour une grande part, une affaire de sentiment. Ainsi, le jugement est porté avant l'examen sérieux; et l'analyse, qui est proprement, si j'ose dire, un raisonnement d'imagi- nation, puisqu'elle s'attache à édifier des hypothèses logi- ques, se résout par le sentiment, quand il s'agit de faire un choix, car l'expérience lui est interdite, s'il s'agit, comme c'est le cas, d'examiner du passé. C'est ce qui explique les jugements contradictoires portés sur tous les hommes qui ont eu le périlleux honneur d'intéresser la postérité. C'est ce qui explique aussi pourquoi tant d'écrivains d'analyse, capa- bles de construire dans leurs livres, avec exactitude et jusque dans les détails, des personnages nuancés, se sont révélés, dans la vie, de médiocres observateurs, je veux dire trop subtils et trop riches en explications, par conséquent trop incertains, pour pénétrer la vérité des caractères. Ou bien

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