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RÉFLEXIONS SUR LA LITTÉRATURE 439

du pluriel, où Sully se fait raconter sa vie par ses secré- taires. Mais si le Testament Politique de Richelieu reste une œuvre attachante et forte, ses Mémoires sont à peu près illisibles pour qui n'v cherche pas un intérêt histo- rique. Seuls aussi les historiens lisent les innombrables Mémoires d'hommes politiques publiés dans les Documents inédits et la collection de la Société de l'Histoire de France. Les mémoires de Frédéric II et de Napoléon sont, comme ceux de César, presque tous militaires. On sait quels espoirs firent naître les Mémoires politiques de Talleyrand, et quelle désillusion suivit leur publication. Les Mémoires que Guizot et Emile Ollivier ont consacrés avec complai- sance à leur vie politique sont aussi gibier d'historien et d'historien seulement. Je ne sais quelle bizarre destinée m'a fait lire un jour les Souvenirs politiques de M. de Freycinet : ils portent presque tout entiers sur la cuisine parlemen- taire et sont certainement inférieurs à ceux du cuisinier Carême.

Un grand homme politique ou simplement un homme politique qui a occupé une position considérable nous donnera de médiocres Mémoires. Mais un homme qui a essayé la vie politique, et qui y a échoué, un raté de la politique, en écrira parfois d'excellents. C'est le cas du cardinal de Retz. X'est-ce pas aussi, sur un plan monumental (lisez le livre d'Albert Cassagne) celui de Chateaubriand ? Alexis de Tocqueville, dans ses Souvenirs si intelligents, nous montre nées des mêmes racines sa lucidité devant la politique et son incapacité d'en faire activement.

Les mémoires de la vie militaire forment, au contraire de ceux de la politique, un des beaux fleurons de notre littérature de Mémoires, avec les Villehardouin et les Join- ville, les Monluc et les Marbot, et tant d'autres qui n'ont fait que raconter sincèrement et naïvement leur vie. Au-

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