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438 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

L'intérêt de tous ces livres de Mémoires nous laisse donc croire d'abord que la littérature a été ici heureu- sement fécondée par la politique. Et cela est sans doute vrai, mais dans des limites qu'il est curieux de marquer. La litté- rature de mémoires est extrêmement abondante, en France, pour des raisons de psychologie nationale et littéraire assez évidentes : aucun pays n'offre une suite de mémoires, une permanence de durée humaine aussi compactes. S'il en existait une bibliographie spéciale, on verrait que les mémoires des hommes politiques y tiennent la plus grande place, et ensuite ceux des militaires, des femmes, des hommes de lettres. Or tous les mémoires français qui ont une valeur littéraire se trouvent dans les trois der- nières catégories, et la première, la plus riche en noms illustres, ne fournit que des livres d'une importance histo- rique considérable, mais d'une valeur propre médiocre ou nulle. Les hommes politiques ont eu plus que les autres la coutume d'écrire leurs mémoires, et plus que les autres ils y ont échoué.

Cela ne date pas d'aujourd'hui. Deux des personnages les plus originaux de l'histoire politique romaine, Svlla et Auguste, ont rédigé leurs mémoires. Plutarque avait les premiers sous les yeux et Suétone les seconds. Aucun ancien ne leur a attribué de valeur, et ils ont dû se perdre assez tôt. Les deux livres de mémoires qui comptent dans la littérature ancienne sont des mémoires militaires, VAna- ha$c de Xénophon et les Commentaires de Œsar, d'où César a eu soin d'éUminer sa vie politique pendant les deux guerres, ce qui, à la fois, donne au De Bcllo Gallico sa pureté de médaille et brouille les plans du De Bello Ch'ili.

En France, les plus grands noms de la politique se trouvent sur les mémoires les plus ternes. Je laisse de côté les singuliers Mémoires, écrits à la seconde personne

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