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leur nid dans les agrès des galères égyptiennes. Les augures consultés n'ont pas voulu se prononcer ; mais on dit qu'ils font la grimace.

Troisième Paysan. — On dit qu'Antoine est tour à tour bouillant et abattu. Que par accès sa fortune inquiète l'emplit ou de crainte ou d'espoir selon qu'il regarde ce qui lui reste encore, ou ce qu'il a déjà perdu.

(Ils sortent. — Antoine redescend de la colline.)

Antoine. — Tout est perdu. La perfide Egyptienne m'a trahi. Ma flotte s'est aussitôt rendue ; de là-haut, j'entendais leurs cris de joie et je les ai vus, jetant en l'air leurs bonnets, s'embrasser comme des amis longtemps perdus qui se retrouvent. Triple putain ! C'est toi qui m'as vendu à ce novice. Ah ! mon cœur désormais ne fait plus la guerre qu'à toi. (A Scarus qui l'a rejoint). Dis-leur à tous de fuir. Car après que je serai vengé de ses charmes, tout sera dit. Dis-leur de fuir. Va.

(Scarus sort. Le ciel se colore et s'éclaire. C'est l'aurore.)

Soleil, tu m'apparais pour la dernière fois. C'est ici qu'Antoine prend congé de la Fortune. En être venu là ! Tous les cœurs qui jappaient et frétillaient à mes talons et dont les vœux attendaient de moi leur provende, vont à présent caracoler près de César. Tous apportent l'encens à son éclosion ; le chêne vieillissant perd jusqu'à son écorce, lui qui les abritait tous autrefois. Je suis trahi. Ame douteuse de l'Egyptienne, enchanteresse mortelle dont le regard armait ou désarmait mon bras, dont les seins formaient ma couronne, mon ciel... en parfaite gipsy, à ce jeu de pair et impair tu m'as