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saient s'empresser les eaux sous les délices de leurs coups. Quant à elle, son aspect met toute description en déroute : sous un pavillon de drap d'or, elle reposait plus belle encore que cette image de Vénus où l'imagination fait honte à la réalité ; à ses côtés de mignons garçons potelés, pareils à de souriants cupidons, agitaient des éventails diaprés, au souffle desquels paraissait s'aviver l'incarnat des délicates joues, rafraîchies comme s'ils eussent à la fois propagé l'ardent et le frais.

Agrippa. — Malsain pour Antoine.

Enobarbus. — Ses suivantes, comme autant de Néréides, et semblables aux fées des eaux, prenaient ordre dans ses regards, décorativement inclinées. A l'arrière, une sirène, eût-on dit, tenait la barre, dont on voyait les cordonnets de soie, au toucher des fleurs de ses doigts, se tendre dans un prompt office. De toute la barque s'exhale une invisible vapeur parfumée dont les quais adjacents s'enivrent, vibrant du peuple qu'y déversait la cité. Vers elle tous accourent, désertant la place publique où trône Antoine ; autour de celui-ci, le vide ; il siffle ; mais on dirait que l'air même lui manque, parti pour contempler lui aussi Cléopâtre, et laissant dans la nature un trou.

Agrippa. — Rare Egyptienne !

Enobarbus. — La barque accoste ; un messager d'Antoine invite Cléopâtre à souper ; elle refuse ; mieux vaut que ce soit lui qui vienne ; elle le convie instamment. Notre galant Antoine, à qui femme jamais n'entendit dire : non, se fait coiffer, raser dix fois, se rend à la fête et, pour écot, paie de son cœur ce que ses yeux ont dévoré.