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348 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

abuser de leur jeu. On me nomme Anicet, je suis poète et fais semblant de voyager pour complaire à ma famille. Je ne saurais vous dissimuler combien je brûle d'apprendre à côté de qui je suis assis. La distinc- tion qui paraît sur votre visage et l'excellence des prin- cipes dont vous avez fait montre en cette occasion m'incitent à n'avoir pas de plus vif désir. » Anicet se tut, fort content de soi-même, de l'aménité qu'il avait mise en ses propos, de sa période et de la délicatesse des sentiments qu'il y avait exprimés, enfin des quelques archaïsmes par lesquels il avait si finement nargué l'idée de temps et la chronologie puérile et honnête des lourdauds qui présentement se pourléchaient de Tillusion d'un rapprochement de leur palais et d'une tarte à la crème.

L'inconnu ne se fit pas prier et commença le récit suivant : « Je m'appelle Arthur et je suis né dans les Ardennes, à ce qu'on m'a dit, mais rien ne me permet de l'affirmer, d'autant moins que je n'admets nullement, comme vous l'avez deviné, la dislocation de l'univers en lieux distincts et séparés. Je me contenterais de dire : je suis né, si même cette proposition n'avait le tort de présenter le fait qu'elle exprime comme une action passée au lieu de le présenter comme un état indépen- dant de la durée. Le verbe a été ainsi créé que tous ses modes sont fonctions du temps, et je m'assure que la seule syntaxe sacre l'homme esclave de ce concept, car il conçoit suivant elle, et son cerveau n'est au fond qu'une grammaire. Peut-être le participe naissant rendrait-il approximativement ma pensée, mais vous voyez bien, Monsieur, » et ici Arthur frappa la table du

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